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Introduction
Après avoir étudié l'influence du flux solaire sur les émissions de l'oxygène
atomique, nous nous intéressons maintenant à la manière dont réagissent ces émissions diurnes
à un changement de l'activité magnétique terrestre.
Alors que beaucoup de travaux ont porté sur l'action de l'activité magnétique
sur les paramètres de l'atmosphère comme les concentrations ou les températures,
très peu se sont intéressés à l'influence de cette activité magnétique sur les
raies d'émission, en partie à cause du manque de modèles performants pour simuler
ce rayonnement. Ainsi, cette partie a pour but de comprendre la manière dont
vont évoluer les taux d'émission volumiques des raies rouge et verte de l'oxygène
atomique, en fonction de l'activité magnétique.
Pour effectuer cette étude, j'utilise le modèle
Transcar
pour simuler les variations attendues, et dire si l'amplitude
de ces variations est suffisante pour être observée sur les mesures de l'interféromètre
Windii.
Suite à ces simulations
Transcar, je présente les données
Windii, et les compare
aux résultats précédemment obtenus avec le modèle.
Cette étude permettra donc d'analyser et de mieux comprendre l'action de l'activité
magnétique sur les émissions de l'atome d'oxygène, mais avant cela, je présente
brièvement la manière dont une variation de l'activité magnétique influe
sur certains paramètres de l'atmosphère, comme la température ou encore
les concentrations.
Il est important de noter que toute cette étude a été réalisée dans des zones
de latitudes moyennes et basses, ceci pour éviter les précipitations de particules
qui ont lieu à haute latitude, et pour pouvoir isoler l'influence de l'activité magnétique.
En effet,
Zhang and Shepherd (2004) ont étudié récemment l'augmentation de l'intensité de la raie
rouge associée aux précipitations de particules dans le cornet polaire. Ils ont montré
que cette augmentation pouvait être clairement identifiée aux latitudes magnétiques
supérieures à 70°, même en période relativement calme, et qu'elle pouvait atteindre
120% en période géomagnétiquement active.
Les résultats présentés ci-après ont été publiés dans le deuxième article
cité en annexe
C (
Culot et al. (2004b)).
Influence de l'activité magnétique sur l'atmosphère
Les mécanismes responsables des perturbations qui apparaissent dans la haute
atmosphère terrestre, lors d'une augmentation de l'activité magnétique, sont
bien connus aujourd'hui. Les deux plus importants effets observés sont les précipitations
de particules dans les zones aurorales, et l'intensification des courants ionosphériques
qui induisent un chauffage par effet Joule.
En terme d'apport d'énergie, c'est le chauffage par effet Joule qui est le processus le
plus important, puisqu'il apporte au moins deux fois plus d'énergie que les particules
précipitées (
Ahn et al. (1983)).
De nombreux articles traitent des effets de l'activité magnétique sur la haute atmosphère
terrestre (les plus complets étant ceux de
Burns et al. (1995) et
Fuller-Rowell et al. (1997)), et nous ne
présenterons ici qu'un résumé de ces différentes conséquences.
Les principaux effets qui peuvent être observés, lors d'une intensification de l'activité
magnétique, sont le chauffage et l'expansion de la thermosphère, qui amènent une
augmentation de la température exosphérique et une augmentation des concentrations.
Ces effets sont connus depuis maintenant une trentaine d'années (
Taeusch et al. (1971)) et
pris en compte par les modèles empiriques (
Jacchia (1971),
Barlier et al. (1978),
Hedin (1983)).
Ces modifications observées sur la composante neutre de la haute atmosphère se répercutent
sur l'ionosphère, de manière différente suivant la saison et la latitude.
En effet, il a été observé que pour les moyennes et basses latitudes, il y a une
préférence pour les orages dits négatifs en été, c'est-à-dire que la densité électronique
diminue, et une préférence pour les orages positifs dans l'hémisphère hivernal
(densité électronique en
augmentation). Ces comportements sont décrits par
Fuller-Rowell et al. (1996).
Le développement de simulations numériques de cette réponse ionosphérique aux changements d'activité
magnétiques est en cours (
Araujo-Pradere et al. (2004)).
Ces modifications au niveau de la thermosphère et de l'ionosphère sont susceptibles
d'induire des variations dans le rayonnement diurne de l'atmosphère, mais elles n'ont
encore que très peu été observées. On peut citer cependant le travail de
Zhang and Shepherd (2000),
qui ont observé une importante diminution de l'émission thermosphérique de la raie
verte pendant l'orage magnétique des 4 et 5 avril 1993, période pendant laquelle
l'indice
Kp a atteint presque 8 sur une échelle de 9.
Wiens et al. (2002) ont également
observé des changements sur cette émission, mais leur étude était restreinte aux
basses latitudes.
Cette partie de mon travail vise donc à donner une vision plus globale des variations apportées par
un changement de l'activité magnétique, et ce aussi bien pour la raie rouge que
pour le pic thermosphérique de la raie verte.
Estimations du modèle Transcar
Je m'intéresse dans cette partie à l'action de l'activité magnétique
sur les émissions de l'oxygène atomique. Pour comprendre cette influence nous avons
décidé de nous placer dans les conditions les plus propices, c'est à dire dans les
conditions où l'activité magnétique se fait le plus ressentir.
Pour mettre en évidence ces conditions, j'ai utilisé le modèle MSIS pour séléctionner
la période de l'année ainsi que la localisation pour lesquelles les différences
sur les paramètres thermosphériques dûes à cette activité sont les plus importantes.
La figure
5.1 montre les différences de température exosphérique, entre
une période d'activité magnétique faible et une période très agitée. L'indice
Ap a été
pris égal à 10 pour la période calme, et il a été pris égal à 200 pour la période agitée.
Cette valeur a été choisie d'après
Araujo-Pradere et al. (2004), qui considèrent qu'il y a orage magnétique
lorsque l'indice
Ap dépasse 150.
L'indice de flux solaire f10.7 a quant à lui été pris égal à 150, ce qui représente
une activité solaire moyenne. J'ai tracé les résultats pour trois latitudes différentes, à savoir 50, 0 et -50°,
qui sont représentées respectivement par la ligne pleine, la ligne en pointillés, et la ligne
en tirets.
Figure 5.1:
Modélisation MSIS-90 de la différence de température exosphérique entre des
conditions magnétiques fortes (Ap=200) et faibles (Ap=10), pour la journée
du solstice de juin. Les trois courbes représentent les différentes latitudes : 50°
(trait plein), 0° (ligne en pointillés), et -50° (tirets). Ces différences de température
sont tracées en fonction de l'heure locale.
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En observant cette figure, on remarque que plus on se rapproche de l'équateur, plus
la différence de température diminue. On peut également noter que cette perturbation
est plus importante dans l'hémisphère nord, c'est à dire en été.
Nous avons choisi pour cette étude d'utiliser Transcar à une latitude de 50°,
pour la journée du solstice de juin, avec un f10.7 de 150, et pour des indices
magnétiques Ap de 10 puis de 200.
Figure 5.2:
Modélisation Transcar de l'émission de la raie rouge et des paramètres associés, pour
des conditions magnétiques faibles (traits pleins) et pour des conditions magnétiques
fortes (pointillés). Les panneaux à droite, en haut et au milieu, montrent l'intensité
et l'altitude du pic d'émission en fonction de l'angle solaire zénithal (SZA). Le panneau
en bas à droite montre les trois principales réactions responsables de l'émission (en rouge) à 630,0 nm
: la recombinaison dissociative (en vert), les impacts des photoélectrons sur l'oxygène
atomique (en bleu), et la photodissociation de l'oxygène moléculaire (en bleu clair).
Ces réactions sont tracées pour un SZA de 50°. Les trois panneaux sur la gauche montrent
respectivement, depuis le haut jusqu'en bas, la température exosphérique, les rapports
des concentrations des neutres (activité magnétique forte sur faible) prises à une altitude de
250 km, et enfin les densités électroniques à 250 km également.
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La figure 5.2 montre les entrées et les résultats de Transcar relatifs à la
raie rouge. Sur la partie gauche de la figure et de haut en bas sont indiqués :
la température exosphérique, les rapports de concentration (concentration pour
Ap=200 sur concentration pour Ap=10) pour O) et O2, et la densité
électronique prise à une altitude de 250 km. Ces paramètres sont tracés en
fonction de l'angle solaire zénithal. Sur la partie droite de la figure
sont tracés l'intensité
et l'altitude
du pic d'émission
de la raie rouge, avec les principaux processus de production, et ceci pour un angle
solaire zénithal de 50°. Sur les différents panneaux, les traits pleins
représentent les paramètres calculés pour une activité magnétique calme
(Ap=10), alors que les pointillés sont utilisés pour représenter les
paramètres calculés pour une activité magnétique forte (Ap=200).
Lorsque l'on regarde le panneau montrant l'intensité du pic d'émission
(en haut à droite), on remarque que celle-ci ne change quasiment pas avec
l'activité magnétique. La plus grande différence se fait ressentir autour
d'un angle solaire zénithal de 50°, avec une émission qui est plus intense
d'environ 5% quand Ap=200.
En ce qui concerne l'altitude du maximum de la raie (panneau au milieu à droite),
lorque l'activité magnétique augmente, le pic d'émission voit son
altitude augmenter de 10%, et ceci quelque soit l'angle solaire zénithal
considéré.
Pour comprendre ces variations d'intensité et d'altitude,
il est nécessaire de regarder de plus près les processus
de productions et de pertes
qui sont résponsables de l'émission de la raie rouge.
Ces processus de production sont représentés sur le panneau en bas à droite
sur la figure 5.2. J'ai tracé les trois principaux
(c.f. chapitre 1), à savoir :

- la recombinaison dissociative (en vert) :

- les impacts de photoélectrons sur l'oxygène atomique (en bleu) :

- la photodissociation de l'oxygène moléculaire (en bleu clair) :
Autour du maximum d'émission de la raie, la réaction qui met en jeu les
impacts de photoélectrons a un taux d'émission volumique quasiment
constant, lorsque l'on passe d'un
Ap de 10 à 200, mais le maximum
apparaît environ 40 km plus haut en altitude.
La contribution de la recombinaison dissociative, quant à elle, diminue
en dessous de 270 km d'altitude, et augmente au dessus. La diminution
en dessous de 270 km est causée par la forte baisse de concentration
électronique à ces altitudes, comme montré sur le panneau en bas à gauche,
avec une perte de plus de 60% pour les angles solaires zénithaux
plus petits que 70°.
Pour la photodissociation de l'oxygène moléculaire, sa contribution augmente
quelque soit l'altitude considérée. Ceci est dû à l'augmentation
de la concentration en oxygène moléculaire : on peut noter qu'elle est
multipliée par presque quatre à 250 km d'altitude (panneau du milieu, à gauche).
A l'altitude du pic d'émission et en dessous, la désactivation
de l'état O(1D) due aux collisions avec l'azote moléculaire est
le principal processus de perte à considérer (c.f. figure
5.3).
Ainsi, l'augmentation de la concentration en azote moléculaire (panneau
du milieu à gauche sur la figure
5.2) va donc induire des pertes
plus importantes.
Figure 5.3:
Profils verticaux des pertes de l'étât 1D de l'oxygène
atomique (unité :
). Les transitions radiatives, définies par les coefficients
d'Einstein, sont constantes avec l'altitude.
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Cette augmentation des processus de perte, ainsi que les variations
opposées des processus de production, résultent en une émission à 630,0 nm
qui conserve une intensité quasiment identique, avec une altitude du pic
qui augmente légèrement (environ 10%). Cette légère augmentation de
l'altitude de l'émission est principalement causée par la réaction
de recombinaison dissociative et les impacts de photoélectrons,
qui voit leur maximum de contribution se déplacer vers le haut.
Modélisation de la raie verte
Figure 5.4:
Modélisation Transcar de l'émission de la raie verte et des paramètres associés, pour
des conditions magnétiques faibles (Ap=10, traits pleins) et pour des conditions magnétiques
fortes (Ap=200, pointillés). Les panneaux à droite, en haut et au milieu, montrent l'intensité
et l'altitude du pic d'émission en fonction de l'angle solaire zénithal (SZA). Les panneaux
du bas montrent les trois principales réactions responsables de l'émission (en rouge) à 557,7 nm,
avec à gauche un SZA de 30° et à droite un SZA de 70°.
Ces trois réactions sont la recombinaison dissociative (en vert), les impacts des photoélectrons sur l'oxygène
atomique (en bleu), et la désactivation collisionnelle de l'azote moléculaire (en bleu clair).
Le panneaux en haut à gauche montre les rapports (forte activité magnétique sur faible activité)
de concentration de O, N2,
, et des électrons, pour une altitude de 150 km.
Le panneau au milieu à gauche montre le flux de photoélectrons à une énergie de 6 eV pour des
SZA de 30 et 70°.

Ap=200,
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La figure 5.4 montre les entrées et les résultats Transcar
relatifs à l'émission de la raie verte. Les notations utilisées sont
identiques à la figure 5.2 pour la raie rouge. Les deux panneaux du bas de la figure
montrent les taux d'émissions volumiques (pris à l'altitude du maximum d'émission),
avec les principaux processus de production du pic thermosphérique, et
ceci pour les angles solaires zénithaux de 30° (en bas à gauche) et 70°
(en bas à droite).
Ces trois principaux processus de production sont :

- la désactivation collisionnelle de N2 (en bleu clair) :

- les impacts de photoélectrons sur l'oxygène atomique (en bleu) :

- la recombinaison dissociative (en vert) :
Sur la colonne de gauche sont montrées en haut les rapports
de concentration (concentrations à Ap=200 sur concentrations
à Ap=10) pour les principales espèces entrant en jeu dans l'émission :
O,
N2,

qui est l'état excité

, et les
électrons. L'altitude qui est considérée ici est 150 km, altitude
moyenne du pic thermosphérique de la raie à 557,7 nm.
La panneau du milieu à gauche indique les profils des photoélectrons
ayant une énergie de 6 eV. Cette énergie est celle requise pour
exciter les bandes de Vegard-Kaplan de l'azote moléculaire, qui
donne l'étât

impliqué dans la réaction
de désactivation collisionnelle (
Meier (1991)).
Sur la colonne de droite sont représentées, en haut l'intensité
du pic thermosphérique de la raie verte, et au milieu l'altitude
du maximum d'émission de ce pic thermosphérique.
On peut noter d'après cette figure
5.4 que, comme pour la
raie rouge, l'altitude du maximum d'émission augmente avec l'activité
magnétique, et cette augmentation est également de l'ordre de 10%.
En ce qui concerne l'intensité du pic thermosphérique, on observe
une importante diminution, de l'ordre de 40% et ce, quel que
soit l'angle solaire zénithal considéré.
Lorsque l'on s'intéresse de plus près aux processus de production,
on note que le plus important est
la désactivation collisionnelle de l'azote moléculaire.
Cette réaction voit sa contribution diminuer, et ceci est dû
à la baisse de concentration en

, comme on
peut le voir sur le panneau en haut à gauche.
Cette diminution de la concentration en azote moléculaire dans
son étât excité peut paraître surprenante, étant donné que dans
le même temps la concentration en N2 augmente d'environ 50%.
En fait, cet étât excité est produit par les impacts de photoélectrons
sur la molécule, et on peut voir sur le panneau du milieu à gauche
que la concentration de ces électrons devient moins importante lorsque
Ap augmente, ce qui implique des impacts plus sporadiques et une
baisse de concentration pour cet étât excité de la molécule d'azote.
Le second processus prépondérant est celui mettant en jeu les impacts
de photoélectrons sur les atomes d'oxygène. Ce processus voit lui aussi sa
contribution diminuer en dessous d'environ 200 km, et cette
diminution s'explique par le fait que la concentration de photoélectrons
baisse dans cette zone d'altitude (panneau du milieu, à gauche).
Il est à noter que les contributions de ces deux réactions,
la désactivation collisionnelle et les impacts de photoélectrons,
augmente aux plus hautes altitudes. Ceci est lié au flux
de photoélectrons qui devient plus important au dessus de typiquement
200-240 km d'altitude, suivant l'angle solaire zénithal considéré
(voir panneau du milieu, à gauche). Ce flux agit directement sur
la réaction impliquant les impacts sur l'oxygène atomique et il est, comme
expliqué plus haut, également responsable pour la concentration
de l'étât excité de la molécule d'azote.
Le dernier processus considéré, c'est-à-dire la recombinaison
dissociative, voit sa contribution diminuer du fait de la diminution
de la concentration électronique, comme indiqué sur le panneau supérieur gauche
de la figure
5.4.
Pour ce qui est des pertes, étant donné que la durée de vie de l'étât O(1D)
n'est que de l'ordre de la seconde, la désactivation collisionnelle peut être
négligée face à l'émission.
D'après ces constatations, nous pouvons dire que les trois processus prépondérant
intervenant dans l'émission de la raie verte voient leur contribution
diminuer en dessous de 200 km d'altitude, et augmenter au dessus, lorsque l'indice
Ap passe de 10 à 200. La conséquence en est que l'intensité du pic thermosphérique
diminue lorsque l'activité magnétique augmente, et l'altitude de ce pic se déplace
légèrement vers le haut.
Mesures WINDII
Figure 5.5:
Mesures WINDII des taux d'émission volumiques et de l'altitude du pic de la raie à 630,0 nm.
Les taux d'émission volumiques
sont exprimés en photons/cm3/s, et les altitudes
en km.
Les données sont tracées en fonction de l'indice MgII, et les barres d'erreur correspondent
à l'écart type. Le jeu de données en noir représente les journées avec des conditions magnétiques
faibles (
), et le jeu de données en vert représente les fortes activités magnétiques
(Ap>10).
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La figure 5.5 montre l'intensité et l'altitude du pic à 630,0 nm, tracé
en fonction de l'indice MgII. Cet indice varie pour ces données entre 0,26 et 0,28,
ce qui correspond à un indice décimétrique compris entre environ 70 et 200.
Le jeu de données en noir est le même que celui qui avait été utilisé pour l'étude
de l'influence de l'activité solaire (c.f. figures 4.5 et 4.6)
et qui représente des conditions géomagnétique faibles. Le jeu de données en vert
correspond à des journées pour lesquelles
l'activité magnétique est plus forte (Ap>10).
Pour ces deux classes d'activité magnétique, on n'observe pas de différence très marquée, aussi
bien sur l'intensité que sur l'altitude du maximum d'émission, alors que nous avions
constaté une légère augmentation (de l'ordre de 10%) sur les résultats Transcar.
Cependant, cela ne représente pas une incompatibilité dans la mesure où le jeu
de mesures WINDII n'est pas assez fourni pour que l'on puisse en tirer des conclusions
claires.
Figure 5.6:
Mesures WINDII des taux d'émission volumiques et de l'altitude du pic
thermosphérique de la raie à 557,7 nm.
Les taux d'émission volumiques
sont exprimés en photons/cm3/s, et les altitudes
en km.
Les données sont tracées en fonction de l'indice MgII, et les barres d'erreur correspondent
à l'écart type. Le jeu de données en noir représente les journées avec des conditions magnétiques
faibles (
) et les droites en rouge correspondent aux régressions linéaires
correspondantes. Le jeu de données en vert représente les fortes activités magnétiques
(Ap>30).
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Nous venons de voir qu'aucune différence, au niveau de l'émission de la raie rouge,
n'était perceptible lorsque l'on comparait les mesures prises aux faibles puis aux fortes
activités magnétiques. Par contre, lorsque l'on s'intéresse aux données du pic thermosphérique
de la raie verte, qui sont tracées sur la figure 5.6, on peut noter de plus
nettes variations.
Sur cette figure, les points noirs représentent les journées pour lesquelles l'activité
magnétique était faible (Ap<10), et qui correspondent aux données précédemment utilisées
sur les figures 4.7 et 4.8. Les points en vert
correspondent aux fortes activités magnétiques (Ap>30), soit une
trentaine de journées, dont cinq pour lesquelles l'indice Ap était proche de 200.
Si l'on considère un angle solaire zénithal de 30° (panneau du haut), le volume de données
n'est pas suffisant pour que l'on puisse exhiber un comportement en fonction de l'activité
magnétique. Sur le panneau du bas, c'est-à-dire pour un angle solaire de 70°, on ne
peut pas non plus mettre en évidence une nette variation lorsque l'on passe d'une faible
à une plus forte activité magnétique. Par contre, sur le panneau du milieu, donc pour
un angle de 50°, on peut noter une forte diminution de l'intensité du pic d'émission, et
une légère augmentation de l'altitude de ce pic avec l'activité magnétique.
Ainsi, on retrouve les comportements que l'on avait pu mettre en évidence grâce
au modèle Transcar, ce qui montre que les variations induites par l'augmentation de l'activité
magnétique sont bien prises en compte par le modèle, au moins qualitativement.
Pour une étude plus précise et une quantification de cette action de l'activité magnétique,
nous avons utilisé les mesures WINDII de chaque orbite, et non pas
la moyenne zonale des données, qui lisse les variations.
Lorsque l'on observe les mesures d'intensité prises à chaque orbite,
on constate une grande variabilité. La figure 5.7 montre
un exemple de ces variations pour les mesures raie verte du 08 mars 1994, journée
pour laquelle l'activité magnétique était forte, avec un indice Ap de 52.
Figure 5.7:
Taux d'émission volumiques du pic thermosphérique de la raie à 557,7 nm, tracés en fonction
de la latitude pour cinq orbites différentes. La journée considérée est le
08 mars 1994 (Ap=52).
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Ces variations importantes sont lissées lorsque l'on utilise des moyennes
zonales, ainsi, pour pouvoir quantifier plus précisément l'action de l'activité magnétique
sur l'émission de la raie verte, il est nécessaire de considérer les mesures prises à chacune des orbites.
Pour ce faire, j'ai mis en œuvre un traitement en trois étapes, appliqué
aux mesures prises à chaque orbite autour de 50° de latitude. Ces trois étapes sont
les suivantes :
- soustraction de l'action du flux solaire et de l'angle solaire zénithal
- attribution à chacune des orbites de l'indice magnétique trihoraire précédent
- calcul des intervalles de confiance
La première étape est la soustraction de l'action du flux solaire et de l'angle solaire
zénithal. J'ai pour cela effectué une régression linéaire sur les données raie verte,
et plus précisément sur les journées magnétiquement calmes (jeu de données en noir sur la
figure 5.6). Cette régression est tracée en rouge sur la figure 5.6.
Les droites obtenues ont pour équation :

- pour un angle solaire zénithal de 30°:

- pour un angle solaire zénithal de 50°:

- pour un angle solaire zénithal de 70°:
J'ai ensuite soustrais ces régressions linéaires des mesures effectuées pendant
les périodes de forte activité magnétique, de manière à ce qu'uniquement les variations
dûes à cette activité magnétique soient préservées.
La seconde étape du traitement consiste à associer les orbites avec les indices magnétiques
Kp trihoraires correspondants. J'ai sélectionné ces indices trihoraires d'après les
travaux de Hecht et al. (1991) qui ont montré que le modèle MSIS donnait de meilleurs résultats
lorsqu'il était utilisé avec des indices magnétiques trihoraires. Ceci est dû
aux grands changements qui peuvent intervenir sur des petits intervalles de temps pendant
les orages magnétiques.
De plus, sélectionner les indices de la période précédent l'orbite
permet de prendre en compte le délai constaté au niveau des densités et température
thermosphériques après un chauffage dû à l'activité magnétique. Ce délai a été estimé
par Berger et al. (1998) comme étant égal à trois heures aux pôles et six heures à l'équateur.
Comme nous avons séléctionné des données autour de 50° de latitude,
nous avons choisi de prendre l'indice correpondant aux trois heures précédent
l'orbite.
La dernière étape de cette analyse consiste à calculer les intervalles de confiance à 95%,
en supposant que les distributions considérées sont de type "Student".
Les grands intervalles correspondent aux conditions pour lesquelles peu de mesures étaient
disponibles.
Figure 5.8:
Intensité du pic thermosphérique (pris à l'altitude du maximum d'émission)
de la raie à 557,7 nm, tracé en fonction de l'indice trihoraire Kp correspondant aux trois
heures précédent l'orbite considérée. Les barres verticales représentent les intervalles
de confiance à 95%.
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Figure 5.9:
Altitude du pic thermosphérique
de la raie à 557,7 nm, tracée en fonction de l'indice trihoraire Kp correspondant aux trois
heures précédent l'orbite considérée. Les barres verticales représentent les intervalles
de confiance à 95%.
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La figure 5.8 montre les résultats obtenus après cette analyse
sur les intensités du pic thermosphérique de la raie verte. On peut noter une décroissance
de cette intensité avec l'augmentation de l'activité magnétique. Cette baisse du taux
d'émission volumique est de l'ordre de 40% lorsque l'on passe d'une activité très faible
à une activité plus forte représentée par un Kp supérieur à 6.
Le même travail a été effectué sur l'altitude des émissions, et nous observons une petite
augmentation, qui est de l'ordre de 5% pour les valeurs de Kp les plus fortes
(c.f. figure 5.9).
Les résultats Transcar exposés dans la partie 5.3.3 montrent également une diminution
de l'intensité d'émission de l'ordre de 40%, lorsque l'activité magnétique augmente (l'indice
Ap était alors égal à 200). Pour ce qui est des mesures WINDII, cette baisse de 40% est
atteinte pour un Kp de 6, ce qui est équivalent à un Ap de 90 environ. La baisse d'intensité
est donc sous-évaluée par le modèle Transcar, ce qui n'est pas très surprenant parce que
les modèles d'atmosphère neutre sont connus pour sous-évaluer les variations de température
(Lathuillère et Menvielle (2004)) et de densité (Burns et al. (1991)) induites par l'activité magnétique.
Malgré cette sous-estimation de l'influence de l'activité magnétique, le fait que Transcar
soit capable de reproduire les tendances observées par WINDII montre que ce modèle peut
être considéré comme un bon outil pour étudier la réponse des émissions thermosphériques
diurnes aux perturbations magnétiques.
Dans le but de résumer les comportements observés sur les émissions de l'oxygène atomique
lorsque l'activité magnétique augmente, je donne ci-après les variations que j'ai
mises en évidence dans ce chapitre, et je rappele les principaux résultats de cette
étude :
- L'activité magnétique a une influence sur l'intensité et l'altitude du pic thermosphérique
de la raie verte, alors qu'elle en a très peu sur l'émission de la raie rouge. Cette influence
est moins importante que celle du flux solaire ou de l'angle solaire zénithal.
- Lorsque l'indice Kp passe de 0 à environ 6, l'intensité du pic thermosphérique
de la raie verte décroît d'environ 40%, et l'altitude du maximum d'émission augmente
de moins de 10%. Ces variations sont principalement dûes à la diminution
du processus d'émission faisant intervenir la désactivation collisionnelle de
.
- Le modèle Transcar reproduit convenablement les tendances induites par les variations
d'activité magnétique.
Le tableau 5.1 résume l'influence des variations de l'activité magnétique
sur l'intensité et l'altitude du maximum d'émission
de la raie rouge de l'oxygène atomique, et du pic thermosphérique de la raie verte.
Il apparaît que l'intensité du pic thermosphérique de la raie verte est un bon
candidat pour servir de traceur de l'évolution du système
couplé thermosphère-ionosphère.
Tableau 5.1:
Tableau résumant l'influence de l'activité magnétique
sur l'intensité
et l'altitude z du maximum d'émission de la
raie rouge et du pic thermosphérique de la raie verte, émises par l'oxygène atomique.
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Raie rouge |
Raie verte |
| |
(630,0 nm) |
(557,7 nm) |
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| Activité Magnétique |
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|
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|
(
) |
 |
< 10% |
- 40 % |
< 10% |
|
Comme pour l'analyse de l'influence de l'activité solaire sur les raies de l'oxygène,
la comparaison entre les sorties du modèle Transcar et les mesures Windii a
permis d'analyser l'action de l'activité magnétique sur ces émissions.
Ces deux études ont permis de mieux comprendre le phénomène de luminescence
qui apparaît dans l'ionosphère de la Terre, et de montrer que Transcar représente
un bon outil d'investigation de l'atmosphère d'une planète.