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Description du modèle Transcar
Lilensten et Blelly (1999) ont donné une description du modèle
Transcar
(pour "TRANSport au CARré") incluant les modifications les plus récentes.
Ce modèle s'attache à décrire l'ionosphère terrestre en s'appuyant sur deux codes couplés :
un code fluide et un code cinétique.
Dans ce dernier, l'équation cinétique de transport est résolue et donne
l'évolution du flux stationnaire des électrons
suprathermiques depuis le sommet de l'ionosphère jusqu'à sa base.
Il décrit notamment les productions d'excitations
et d'ionisations des constituants neutres, ainsi que le chauffage des électrons thermiques.
Pour ce qui est de la partie fluide, la résolution des équations (à une dimension pour le moment)
du transport macroscopique pour les six ions principaux
(O

, H

, N

, O

, N

, NO

)
et les électrons nous permet de donner une déscription de l'ionosphère
entre 90 et 3000 km d'altitude. Ces deux modèles, cinétique et fluide,
sont couplés de telle sorte que le code fluide fournit la température et la
concentration des électrons au code cinétique, et celui-ci fournit les taux
de chauffage et d'ionisation des électrons
au code fluide. Ces interactions entre les différentes
composantes de
Transcar sont résumées sur
le schéma simplifié du principe de fonctionnement
de ce modèle (voir figure
3.1).
Figure 3.1:
Schéma de principe de fonctionnement du modèle Transcar
|
|
Le modèle de transport cinétique, décrit dans
Lilensten et al. (1989), permet de résoudre
l'équation de transport dissipative de Boltzmann qui donne l'évolution de
la fonction de distribution
f des électrons suprathermiques :
 |
(3.1) |
Si l'on applique les hypothèses suivantes :
- état stationnaire, i.e.:
- le champ électrique macroscopique n'est pas pris en compte
Oran et Strickland (1978) ont montré que cette équation peut se réécrire comme suit :
Cette équation peut être décomposée de la manière suivante :
- le premier terme de la partie de droite de l'équation
représente les pertes par collision élastiques et inélastiques.
- le deuxième terme représente les pertes dues aux processus
de friction sur les électrons thermiques.
- le troisième terme représente les gains dus à la photoionisation solaire.
- le dernier terme représente la production électronique due
à la dégradation par des collisions entre les électrons suprathermiques
et les neutres.
Les notations utilisées sont les suivantes :

: Flux stationnaire d'électrons suprathermiques

: Energies des électrons incidents et diffusés

: altitude

: Profondeur de collision, définie par :

,
: Energies des électrons incidents et diffusés

: concentration électronique

: concentration des composants neutres, les indices symbolisant
,
,
,
ou

-
: section efficace totale de collision (élastique ou inélastique)
entre un électron d'énergie E et un neutre
ou

: fonction de redistribution décrivant la dégradation d'un état
(
,
) à un état (E,
) pour le neutre
Les productions d'ionisation et d'excitation
et
du neutre k par impact avec les électrons suprathermiques sont alors
calculées par :
 |
(3.3) |
 |
(3.4) |

et

étant les sections
efficaces de collision,

le flux des électrons suprathermiques
et

la concentration du neutre
k.
Le partie fluide du modèle
Transcar permet de calculer, pour chaque
espèce

de masse

et de charge

:
- la concentration
- la température
ou la pression
, sachant que
- les 3 composantes de la vitesse
- les 3 composantes du flux de chaleur
Ces huit quantités calculées par le transport fluide correspondent à
l'approximation 8-moments décrite par
Schunk (1977). Cette approximation est nécessaire car
dans ce modèle fluide se pose un problème classique de "fermeture" des
équations. En effet, l'équation d'ordre 0 (équation de continuité)
ne peut être résolue qu'en connaissant la vitesse, donnée par le moment
d'ordre 1. Or cette vitesse n'est résolue qu'en connaissant l'énergie (ordre 2),
qui nécessite le flux de chaleur (ordre 3).
Ce problème est contourné en supposant
connue la forme de la distribution des particules. Dans l'atmosphère,
une hypothèse tout à fait justifiée est de supposer que les particules ont une
distribution maxwellienne. Cela revient à dire qu'elles sont thermalisées ou, en
d'autres termes, à négliger les électrons suprathermiques dans le calcul des
moments.
La fonction de distribution qui est utilisée s'écrit :
![$\displaystyle f=f_0\left[1-\frac{m_i}{k_bT_ip_i}\left(1-\frac{m_ic_i^2}{5k_bT_i}\right)q_ic_i\right]$](img139.png) |
(3.5) |
où
 |
(3.6) |
avec les notations suivantes :

: constante de Boltzmann

: vitesse thermique de l'espèce
Blelly et al. (1996) ont montré que cette approximation 8-moments est valable
pour les espèces et la zone d'altitude couvertes par le modèle
Transcar.
Le modèle photochimique
Le modèle photochimique, développé par
Witasse et al. (1999) et maintenant complètement
integré à
Transcar, permet de modéliser le rayonnement
des raies rouge et verte de l'oxygène atomique, c'est-à-dire qu'il permet de
calculer le taux d'émission volumique

(exprimé en photons/cm3/s)
en fonction de l'altitude
z.
Si l'on fait l'hypothèse qu'il y
a équilibre photochimique local, ce taux d'émission volumique peut être
calculé en utilisant les relations suivantes :
![$\displaystyle \eta_{630.0}=A_{630.0}\left[O(^1D)\right]=A_{630.0}\frac{\sum_{i=1}^7P_i^{630.0}} {\sum_{j=1}^4L_j^{630.0}+A(^1D)}$](img143.png) |
(3.7) |
![$\displaystyle \eta_{557.7}=A_{557.7}\left[O(^1S)\right]=A_{557.7}\frac{\sum_{i'=1}^6P_{i'}^{557.7}} {\sum_{j'=1}^2L_{j'}^{557.7}+A(^1S)}$](img144.png) |
(3.8) |
où

et

sont les coefficients d'Einstein
d'émission spontanée pour la raie rouge et pour la raie verte (en

),

et

représentent les sommes des probabilités pour les émissions
des deux raies, les

représentent les productions (

), et

les pertes non radiatives (

).
Dans cette étude,
respectivement sept et six processus de production
sont pris en compte pour la raie rouge et la raie verte, et en ce qui
concerne les pertes, quatre processus sont considérés pour la raie rouge
et deux pour la raie verte.
Productions et pertes de la raie rouge de l'oxygène atomique
Nous allons maintenant décrire les différents processus qui entrent en
jeu dans l'émission à 630 nm, et indiquer
les références utilisées pour obtenir les
coefficients de réaction introduits dans le modèle
Transcar (c.f. partie
3.1).
Nous rappelons que cette emission est due à la désexcitation de O(1D) vers O(3P) (cf
figure
1.5).
L'état fondamental de l'oxygène atomique peut être excité dans
l'état 1D par des collisions inélastiques avec des électrons
suprathermiques :
 |
(3.9) |
Le taux de production s'exprime comme suit :
\int\sigma_{^1D}(E)\phi(E,z)dE$](img153.png) |
(3.10) |
où
$](img154.png)
est la concentration en oxygène atomique à l'altitude
z,

est la section efficace d'excitation (
Doering (1992)),

est le flux de photoélectrons d'énergie
E à l'altitude
z,
directement calculé par le code cinétique de
Transcar.
L'état fondamental peut être également excité par des collisions avec
des électrons thermiques d'énergie supérieure à 1,97 eV. Le taux de
production s'exprime alors par la relation suivante :
N_e(z)$](img156.png) |
(3.11) |
où

représente la concentration des électrons thermiques à
l'altitude
z. La constante de réaction

utilisée est celle
de
Mantas (1994).
La production de O(1D) par impact électronique atteint son maximum
juste au dessus de 200 km d'altitude.
On peut donner en exemple l'étude réalisée par
Witasse et al. (1999) (mesures du rayonnement diurne dans les conditions géophysiques suivantes :
12<Ap<14 et 90<f10.7<105),
qui obtient un maximum du taux volumique d'emision pour des
altitudes comprises entre 210 et 220 km.
On retrouve également ces valeurs dans Solomon et Abreu (1989), pour
des mesures de ce rayonnement à des angles solaires zénithaux
compris entre 20° et 65°,
et pour les indices suivants : 79<f10.7<83 et 4<Ap<10.
Ce processus est, avec les impacts d'électrons suprathermiques, la source
principale d'excitation de l'oxygène atomique, et c'est la seule source
de nuit.
 |
(3.12) |
Le taux de production est donné par :
N_e(z)$](img160.png) |
(3.13) |
où

représente l'efficacité pour le mécanisme de production
des atomes

, et

est le taux de réaction, qui dépend de l'état
vibrationnel

de l'ion moléculaire. Les valeurs numériques
pour ces deux coefficients ont été extraits du travail de
Guberman (1988).
Ainsi, l'efficacité a été prise égale à 1, et le taux de réaction est donné
par la relation ci dessous, en
faisant l'hypothèse que 90% des ions sont dans leur état vibrationnel
le plus bas (

) et 10% dans l'état

.
 |
(3.14) |
Le maximum de la recombinaison dissociative se situe un peu en dessous
des 250 km d'altitude, d'après les résultats de l'étude faite par Witasse et al. (1999),
dans les conditions précédemment exposées.
Les photons ayant une longueur d'onde comprise entre 135 et 175 nm
(continuum de Schumann-Runge) peuvent
dissocier la molécule de dioxygène en deux atomes d'oxygène, dont
l'un est excité dans l'état 1D :
 |
(3.15) |
Le taux de production est le suivant :
\int_{135\rightarrow 175\;nm}\sigma_{sr}(\lambda)I(\lambda,z)d\lambda$](img169.png) |
(3.16) |
avec
$](img170.png)
la concentration en oxygène moléculaire à l'altitude
z,

la section efficace de photodissociation dont la valeur est
issue du travail de
Torr et al. (1980),

est le flux de photons pour cette
gamme de longueurs d'onde et à l'altitude
z.
Cette source d'excitation de la molécule d'oxygène est la principale en
dessous de 160 km d'altitude (
Witasse et al. (1999)), avec un maximum observé autour de 130 km.
Il existe d'autres processus permettant d'exciter l'oxygène atomique, mais
ils ont une contribution moins importante que les trois réactions précédentes.
Ces processus sont les suivants :
- cascade du niveau supérieur : elle donne lieu également
à l'emission de la raie verte :
 |
(3.17) |
La production s'écrit :
$](img174.png) |
(3.18) |
- réactions chimiques : deux réactions chimiques peuvent produire
les atomes O(1D) :
 |
(3.19) |
avec :
[O_2](z)$](img176.png) |
(3.20) |
et :
 |
(3.21) |
avec :
[O_2](z)$](img178.png) |
(3.22) |
Les atomes excités de l'oxygène dans l'état 1D
ont une durée de vie de 110 secondes. Ils peuvent donc se désexciter
par des collisions avec l'azote moléculaire, l'oxygène moléculaire et
atomique, ainsi que les électrons thermiques :
 |
(3.23) |
où
X peut être une des espèces citées ci-dessus. Les taux de pertes
exprimés en

sont alors calculés par les relations suivantes :
$](img180.png) |
(3.24) |
$](img181.png) |
(3.25) |
$](img182.png) |
(3.26) |
$](img183.png) |
(3.27) |

est le coefficient de la réaction exprimé en

(voir annexe 1).
Les atomes excités de l'oxygène dans l'état 1D peuvent
également se désexciter en émettant des photons à 630,0 nm, 636,4 nm et 639 nm :
 |
(3.28) |
La valeur des coefficients d'Einstein utilisés pour ces transitions sont celles
de
Froese-Fisher et Saha (1983) :
 |
(3.29) |
Productions et pertes de la raie verte de l'oxygène atomique
De la même manière que précédemment, nous décrirons ici les différents
processus qui entrent en jeu dans la production de la raie verte de l'oxygène
atomique, qui est émise suite à la transition entre le niveau O(1S) et O(1D)
(cf figure
1.5).
Comme pour la raie rouge, l'état fondamental de l'oxygène atomique
peut être aussi excité dans l'état 1S par des collisions
inélastiques avec des électrons suprathermiques :
 |
(3.30) |
La production s'écrit :
\int\sigma_{^1S}(E)\phi(E,z)dE$](img189.png) |
(3.31) |
A la différence de la raie rouge, les électrons thermiques ne sont pas
assez énergétiques pour exciter l'état 1S.
 |
(3.32) |
Le taux de production est donné par :
N_e(z)$](img191.png) |
(3.33) |
où, comme pour la raie rouge,

représente l'efficacité et

le taux de réaction, qui dépend également de l'état vibrationnel

de l'ion moléculaire. Nous avons utilisé dans cette étude une valeur de

égale à 1, qui est en accord avec l'intervalle donné par
Guberman (1987) :
Pour

, nous avons utilisé les valeurs suivantes :
 |
(3.34) |
Il s'agit là aussi du même processus décrit précédemment pour la raie rouge,
à la différence près que le flux solaire doit avoir une longueur d'onde comprise
entre 90 et 120 nm pour dissocier la molécule de dioxygène en deux atomes d'oxygène,
dont l'un est excité dans l'état 1S :
 |
(3.35) |
Le taux de production s'écrit de la même manière que pour la raie rouge :
\int_{90\rightarrow 120\;nm}\sigma_{ph}(\lambda)I(\lambda,z)d\lambda$](img194.png) |
(3.36) |
La désactivation collisionnelle de la molécule de diazote excitée

avec un atome d'oxygène peut produire un atome O(1S):
 |
(3.37) |
Le taux de réaction s'écrit :
[O](z)$](img197.png) |
(3.38) |

est le rapport de branchement et est pris égal à 0,36 (
Singh et al. (1996)).
L'état d'excitation

est produit par les
impacts de photoélectrons, et la concentration est donnée par (
Meier (1991)) :
=\frac{P(A)+P(B)+P(W)+\frac{P(C)}{2}}{A_{VK}+k_{dc}[O](z)}$](img199.png) |
(3.39) |
où
P(X) représente la production d'un état
X par impact électronique.
Le diagramme des niveaux d'énergie de la molécule N2 (
Meier (1991))
montre que cet état
X peut être le niveau
A,
B,
C, ou
W.
Le coefficient
Avk est le coefficient d'Einstein pour les bandes de
Végard-Kaplan et est pris égal à 0,38 (
Piper (1993)).
Cette désactivation collisionnelle de la molécule de diazote a fait l'objet de plusieurs
études récentes (
Hill et al. (2000),
Upadhayaya et Singh (2002)), qui s'intéressent à l'introduction d'une dépendance en température dans
les taux de cette réaction. Nous avons choisi de ne pas introduire cette dépendance
en température dans notre modèle. Ce choix est discuté dans l'annexe
B.
Réactions chimiques
Des réactions chimiques interviennent dans la basse ionosphère,
en dessous de 120 km d'altitude, dont le mécanisme de Barth,
qui se déroule en deux étapes :
 |
(3.40) |
où
M correspond à

ou

. La production de l'état 1S due
au mécanisme de Barth est surtout sensible de nuit vers 90 km d'altitude, nous avons
donc choisi de négliger cette réaction, notre étude portant principalement
sur le comportement des raies vers 100-300 km d'altitude, de jour.
La deuxième réaction fait intervenir l'azote et l'oxygène moléculaire ionisé :
 |
(3.41) |
Le taux de production s'écrit (
Frederick et al. (1976)) :
[O_2^+](z)$](img202.png) |
(3.42) |
Les atomes excités de l'oxygène dans l'état 1S
ont une durée de vie d'environ 1 seconde. Ils peuvent donc se désexciter
par des collisions avec l'oxygène moléculaire et l'oxygène atomique :
$](img203.png) |
(3.43) |
$](img204.png) |
(3.44) |
Les atomes excités de l'oxygène dans l'état 1S peuvent
également se désexciter en émettant des photons à 557,7 nm et 297,2 nm :
 |
(3.45) |
La valeur du coefficient d'Einstein utilisé pour ces transitions est celle
de
Baluja et Zeippen (1988) :
 |
(3.46) |
Les trois principales entrées du modèle Transcar sont le flux solaire EUV, les entrées relatives
à l'atmosphère neutre, et celles relatives au couplage avec la magnétosphère.
le flux solaire EUV :
Le flux solaire extrême ultraviolet représente une des principales
sources diurne d'ionisation et d'excitation des raies de la haute atmosphère.
Plusieurs modèles ont été développés pour estimer ce flux solaire, et nous
présentons ci-après les trois plus utilisés. Ce sont, par ordre chronologique
d'apparition :
- le modèle d'Hinteregger (SERF1 - Hinteregger et al. (1981)) apparu en 1981
- le modèle développé originellement par Tobiska en 1991 (EUV91 - Tobiska (1991)) puis
EUV97 - Tobiska and Eparvier (1998) - et enfin SOLAR2000 - Tobiska et al. (2000))
- le modèle de Richards et collaborateurs
(EUVAC - Richards et al. (1994)), apparu en 1994 et qui est utilisé dans Transcar pour notre étude.
Pour chacun de ces trois modèle nous précisons : le spectre de référence utilisé pour
construire le modèle, ainsi que la formule permettant d'obtenir à partir des
indices solaires le flux EUV recherché.
Le spectre de référence utilisé par Hinteregger pour modéliser le flux solaire EUV
est issu des données du satellite
Atmosphere Explorer E, qui était en service
à la fin des années 70 et au début des années 80, et dont l'étalonnage n'était
malheureusement pas très satisfaisant. Ce spectre a été collecté du 13 au 28 juillet
1976, et est constitué de mesures correspondant à une période
de minimum d'activité solaire (l'indice f10.7 moyen pendant la prise des mesures était
d'environ 70).
Afin d'obtenir la valeur du flux solaire, la formule proposée par Hinteregger est basée
sur l'indice f10.7 et s'exprime de la manière suivante :
 |
(3.47) |
où:

-
est le flux solaire que l'on souhaite connaître

-
,
, et
sont des
coefficients ajustés par la méthode des moindres carrés pour reproduire au mieux les données

- f10.7 est l'indice décimétrique

-
est la moyenne de f10.7 sur 81 jours
Dans l'article présentant son modèle (
Hinteregger et al. (1981)), Hinteregger conclut sur le fait qu'il
est très difficile de représenter les variations du flux solaire, et souligne le
manque de représentativité des indices utilisés. Cependant, ce premier modèle nous permet
de disposer du flux EUV à une date donnée, en se basant sur un spectre de réference
au minimum de l'activité solaire et sur son extrapolation au cours du cycle. Il est
à noter que les deux autres modèles sont basés sur ce même schéma.
Le spectre utilisé par Tobiska pour construire le modèle EUV est issu des mesures
de 6 fusées et de 6 satellites différents (
OSO 1,
OSO 3,
OSO 4 et
OSO 6,
AEROS A, et
Atmospere Explorer E). Dans ce modèle,
ces mesures sont pondérées en fonction des incertitudes sur les différents instruments.
La formule utilisée par les auteurs pour obtenir la valeur du flux solaire s'écrit :
 |
(3.48) |
où :

-
est le flux solaire que l'on souhaite connaître

-
sont les coefficients du modèle déterminés
par une méthode des moindres carrés pour ajuster au mieux les données

sont les différents proxies utilisés.
Pour EUV91, ils sont au nombre de quatre :
est la raie Lyman
de l'hydrogène à 1216 Å
est la raie de l'hélium à 10 830 Å (
)
est l'indice décimétrique f10.7
est sa moyenne :

-
est le facteur par lequel
on multiplie
dans le cas où les données pour la journée considérée ne sont
pas disponibles. En pratique, ce terme est égal à 1 lorsque le proxy est disponible,
sinon sa valeur sera égale à celle d'un autre proxy émis par la même zone de température
que le proxy manquant.
Pour ce qui est du modèle E
UV97, il prend de plus en compte les rayons X mous
(de 10 à 60 Å) et permet de donner des valeurs journalières moyennes du flux
au sommet de l'atmosphère entre 18 Å et 1049 Å. Pour S
OLAR2000,
les améliorations viennent en partie de l'incorporation de nombreuses mesures supplémentaires.
Le spectre utilisé par Richards, Fennelly et Torr (1994) pour construire le modèle E
UVAC
a été enregistré par une fusée le 23 avril 1974, dans des conditions solaires calmes
(f10.7=74, et <f10.7>=87).
Ce spectre (identifié par le numéro 74113) a ensuite été modifié en
multipliant par 2 le flux entre 150 Å et 250 Å, et par
3 le flux en dessous de 150 Å.
Cette modification a été introduite pour que le modèle reproduise au mieux les mesures
de flux de photoélectrons faites, d'une part
à bord de
Atmosphere Explorer E lors des périodes d'activité solaire minimum
(
Richards and Torr (1984)), et d'autre part à bord de
Dynamic Explorer 2 lors des périodes d'activité solaire maximum (
Winningham et al. (1989)).
La formule utilisée par les auteurs
pour obtenir le flux solaire est la suivante :
 |
(3.49) |
où :

-
est le flux solaire que l'on souhaite connaître

-
est le flux de référence modifié comme indiqué ci-dessus
pour la boîte de longueur d'onde

=

sont les coefficients du modèle
Le modèle E
UVAC est décrit par ses auteurs comme étant propice à la modélisation
dans le domaine de l'aéronomie, du fait qu'il fournit des résultats reproduisant
bien les flux de photoélectrons ionosphériques, ainsi que les taux d'émission et les
densités électroniques. C'est pour cette raison que le modèle E
UVAC a été choisi dans
cette étude pour fournir le flux solaire EUV en entrée de
Transcar. Par contre,
pour la modélisation de phénomènes demandant une plus grande précision au niveau des
caractéristiques du spectre solaire, Richards et collaborateurs conseillent d'utiliser préférentiellement
les modèles issus de la lignée de E
UV91.
Le modèle MSIS-90 (
Hedin (1991)) est utilisé pour obtenir la composition
de l'atmosphère neutre.
Les paramètres d'entrée du modèle MSIS sont :
- la date et l'heure
- les coordonnées géographiques
- les indices f10.7 et <f10.7> moyen, c'est-à-dire pris
sur trois rotations solaires
- l'indice journalier Ap ou les indices trihoraires ap
Les deux codes couplés fluides et cinétiques de Transcar ont besoin
des profils verticaux des principaux composants de l'atmosphère neutre
pour calculer les taux d'ionisation et d'excitation (partie cinétique),
et les termes de collisions élastiques et inélastiques (partie fluide).
De plus, le modèle photochimique utilise aussi les profils des composants neutres
pour calculer les intensités du rayonnement thermosphérique.
Les échanges d'énergie entre la magnétosphère et l'ionosphère sont décrits
par le paramètre

, qui représente la valeur du flux de chaleur
électronique au sommet de l'ionosphère. L'ordre de grandeur de ce paramètre
est de quelque

.
Le tableau
3.1 indique l'influence d'une variation de ce paramètre sur les
profils des raies d'émission de l'oxygène.
Ce test a été effectué pour des conditions géophysiques moyennes
(

,

, à midi temps local et à une latitude de 50°).
Les altitudes que nous avons sélectionnées pour les deux raies sont centrées
autour du pic de la raie rouge et du pic thermosphérique pour la raie verte.
Tableau 3.1:
Influence des variations
de flux de chaleur électronique sur le profil des raies,
pour les conditions suivantes :
,
, à midi temps local et
à une latitude de 50°.
Le TEV est le taux d'emission volumique pris au maximum du pic d'émission, et
donné en photons/cm3/s
| Raie rouge |
Raie verte |
| altitude |
TEV |
TEV |
altitude |
TEV |
TEV |
| (km) |
initial |
pour
 |
(km) |
initial |
pour
 |
| 280 |
103.6 |
110.2
 |
200 |
165.6 |
168.4
 |
| 240 |
225.6 |
228.1
 |
180 |
219.3 |
219.5  |
| 200 |
235.1 |
234.5  |
160 |
204.4 |
204.5  |
| 160 |
73.6 |
73.7  |
140 |
123.9 |
124.1  |
| |
|
|
|
|
|
|
D'après ces résultats, nous pouvons dire que le flux de chaleur électronique a une
influence sur la partie haute des profils d'émission de la raie rouge, avec une
variation de l'intensité égale à 6%. Ceci est dû au fait que le flux de chaleur devient
plus important avec l'altitude, et on remarque aussi que les variations d'intensité
dûes à ce paramètre deviennent très faibles en dessous de 240 km d'altitude,
avec des fluctuations de moins de 2%.
Si l'on s'intéresse maintenant à l'influence du flux de chaleur sur le pic
thermosphérique de la raie verte, on constate que les modifications sur l'intensité
de l'émission ne se font quasiment pas ressentir, avec un maximum de variation
qui est de l'ordre du pourcent. Ceci est dû au fait que ce pic apparaît plus
bas en altitude que le pic de la raie rouge, et donc l'influence du flux de chaleur se
fait beaucoup moins ressentir.
Il est également possible d'introduire dans Transcar des précipitations de particules
(électrons ou protons) pour modéliser le couplage entre la magnétosphère et
l'ionosphère dans les régions aurorales. Les paramètres à spécifier
pour introduire ces précipitations sont la dépendance en angle, énergie et intensité.
Le modèle
Transcar permet d'obtenir les profils, pour des altitudes comprises
entre 100 et 800 km, des quantités suivantes :
- les émissions (productions + pertes) des raies rouge et verte de l'oxygène atomique
- les concentrations et les températures des électrons et des ions
- les vitesses des ions
- le flux des électrons suprathermiques
- le chauffage des électrons thermiques
- le flux solaire atténué
Le modèle
Transcar a été conçu pour étudier l'ionosphère des hautes latitudes, mais
nous allons voir tout au long de ce travail qu'il peut également être utilisé
à des latitudes plus basses. Une discussion concernant la validité de ce modèle
à moyenne et basse latitude est exposée dans
Culot et al. (2004).
Cependant, l'utilisation du modèle dans ces conditions est encore sujette à discussion,
mais on peut tout de même dire que
Transcar a été utilisé avec succès dans cette configuration (basses et moyennes latitudes, de jour)
pour prédire les productions ionosphériques dans l'atmosphère de Titan (
Galand et al. (1999)).
Récents développements du modèle Transcar
Seront présentées dans cette partie les modifications effectuées pendant
mon travail de thèse sur le modèle
Transcar. Ces modifications ont été mises
en œuvre pour permettre
une plus grande efficacité dans l'utilisation du modèle, et faciliter la
comparaison des résultats avec les mesures
Windii. Nous allons maintenant décrire
en quoi consistent ces changements apportés à
Transcar.
Le thème principal de ce travail de thèse est l'étude des émissions de l'oxygène
atomique, émissions qui sont fournies par le modèle photochimique décrit dans
la partie
3.1.4.
Il se trouve que le code photochimique avait été développé à l'origine séparément du
code couplé fluide/cinétique. Or cette partie photochimique
s'avérait être lourde à utiliser indépendemment du code principal.
Il a donc été décidé de l'incorporer définitivement à
Transcar, ceci
afin d'avoir un produit fini qui permet maintenant d'obtenir, et ceci
sans avoir à lancer indépendemment plusieurs codes,
les émissions de l'oxygène atomique ainsi
que les processus de production et de pertes correspondants.
Toujours dans le but de faciliter l'utilisation du modèle
Transcar, et
en particulier la visualisation des résultats, j'ai développé sous
l'environnement
MATLAB une routine de tracé des sorties du modèle, et
tout particulièrement de la partie cinétique de celui-ci.
De nombreuses modifications ont été nécessaires au sein même du code,
ceci afin d'extraire des sous-programmes de
Transcar les variables pertinentes
que l'on désirait tracer.
Nous disposons donc maintenant d'une routine de visualisation permettant de
tracer un très grand nombre de quantités calculées par
Transcar.
Il est ainsi possible de générer automatiquement les profils d'émissions
de l'oxygène atomique avec les différents processus de production, les profils
des concentrations ionosphériques et thermosphériques ...
Pour améliorer la facilité d'utilisation et les potentialités de
Transcar, j'ai également implémenté un suivi de l'orbite de
Uars.
En effet, ce travail de thèse a nécessité beaucoup de comparaisons entre les résultats
de la modélisation
Transcar et les mesures de l'interféromètre
Windii.
Or, à l'origine, le modèle ne permettait de simuler l'ionosphère que pour
une localisation donnée. Les mesures de
Windii, quant à elles, suivent l'orbite
du satellite et couvrent une large zone géographique. Ainsi, il était nécessaire
de lancer la simulation
Transcar de nombreuses fois, ceci afin de couvrir
la trajectoire du satellite et de pouvoir comparer en tous les points de cette
trajectoire les résultats du modèle et les mesures de l'instrument.
Pour faciliter cette comparaison, j'ai modifié une partie du code de
Transcar
afin qu'une seule simulation soit nécessaire pour suivre l'orbite du satellite.
Ainsi, il a fallu changer la boucle principale de
Transcar, qui était une itération
sur le temps à l'origine, et qui devient une itération sur les positions de l'orbite.
Cette modification de la structure du code est suffisament souple pour pouvoir,
en le spécifiant dans le fichier de configuration de
Transcar, faire fonctionner
le code en mode statique ou bien en mode suivi d'orbite.
Outre cette modification de la structure principale du code,
il est nécessaire d'échantillonner l'orbite de
Windii pour sélectionner les points
sur lesquels on veut faire tourner le modèle. Plusieurs essais ont été nécessaires
pour évaluer le pas d'échantillonnage le mieux adapté. La figure
3.2
montre quelques uns de ces différents essais,
pour la raie rouge le 9 janvier 1995 (Ap=7, f10.7=71).
Figure 3.2:
Essais de différents pas d'échantillonnage pour suivre l'orbite Windii.
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Nous pouvons voir que le pas le plus adapté consiste
à prendre des latitudes espacées de 0,1°. Echantillonner l'orbite en prenant des points
plus rapprochés n'est pas utile pour l'amélioration des résultats.
Outre cet échantillonnage de l'orbite, la procédure d'initialisation du code est elle
aussi légèrement différente. En effet, on choisi un point fictif pour l'origine de
l'orbite, qui est obtenu en extrapolant celle-ci en amont de l'orbite réelle, et on
laisse tourner le code sur ce point origine pendant une heure de temps local, ceci
pour permettre à l'ionosphère de se stabiliser. Ensuite seulement on commence le
suivi de l'orbite avec Transcar.
Le temps gagné par cette modification du code est significatif puisqu'auparavant
il était nécessaire d'effectuer autant de fois Transcar que de points définissant
l'orbite, alors que la nouvelle structure du code autorise de ne faire qu'un
seul essai pour modéliser l'orbite complète.
Toujours dans l'optique de gagner du temps sur le traitement des données,
il est à noter que les positions de l'orbite peuvent être extraites automatiquement des mesures
Windii par une routine que j'ai développée sous MATLAB et qui renvoit, dans le format
directement lisible par Transcar, tous les renseignements nécessaires pour chaque
position (heure, latitude, longitude, angle solaire zénithal).
J'ai également développé une routine de visualisation des résultats, spécifique
à ce mode de fonctionnement "suivi d'orbite de satellite", et qui permet de tracer
sur un même graphique les résultats de Transcar et les mesures
Windii correspondantes à l'orbite pour laquelle a été tourné le modèle.
Outre ces changements apportés au modèle qui visent soit à accroître les potentialités
de celui-ci, soit à en faciliter l'utilisation,
j'ai rédigé une notice d'utilisation du modèle Transcar, ainsi que des
routines de tracé des résultats. Cette notice décrit la manière
de compiler et d'exécuter le code, afin que chaque nouvel arrivant au laboratoire
puisse acquérir une rapide autonomie sur l'utilisation de ce modèle.
J'ai également rédigé une partie plus spécifique aux personnes amenées
à développer le code, notice qui présente la structure du programme, ainsi que les
principales variables et leur emplacement dans l'arborescence.
Cette notice est accessible en version papier, ainsi qu'en ligne sur l'intranet
du Laboratoire de Planétologie de Grenoble.
Nous résumons ci-après les modifications apportées au modèle
Transcar pendant ce travail de thèse :
- incorporation du modèle photochimique dans Transcar
- implémentation du suivi de l'orbite de Uars
- réalisation d'un module de tracé des résultats et rédaction de sa notice d'utilisation
- rédaction d'une notice d'utilisation et de développement de Transcar
Ce travail de thèse aura donc permis d'améliorer la facilité d'utilisation du modèle
Transcar
et d'y ajouter certaines fonctionnalités, et nous pouvons
dire que nous sommes maintenant en possession d'un outil performant
pour l'investigation de l'ionosphère terrestre.
Dans ce troisième chapitre a été exposé le modèle d'ionosphère Transcar,
ainsi que les améliorations qui ont été apportées au code pendant ce travail de thèse.
Les deux chapitres suivants seront consacrés aux résultats obtenus grâce
à cet outil qui, avec l'analyse des mesures Windii, a permis de quantifier l'action de l'activité solaire
et de l'activité magnétique sur les émissions de l'oxygène atomique.